23 septembre 2007

Occasion manquée

Attention, ce texte est sexuellement explicite.

 

 

Je suis au Far West.

Pas dans un western, mais dans un cinéma porno gay des années 80, un lieu glauque et sordide qui sent la pisse et le foutre. C’est mon QG de baise à moi. Je suis chaud comme la braise en ces années de ma vingtaine, je fréquente le lieu plusieurs fois par semaine, en quête d’un bon coup.

Là, j’ai déjà baisé, dans les chiottes avec un grand mec à la coupe militaire qui n’a pas dit un mot pendant l’acte, se contentant de se faire sucer sans rien donner en retour.

J’ai terminé, je reprends mon souffle et mon calme (apaisement d’après l’orgasme) adossé au mur qui fait face aux chiottes et où les mecs passent et repassent le regard lourd d’envies. Les yeux se croisent, s’effleurent, se fuient ; rares sont ceux qui abordent directement. Tout se passe dans les deux chiottes séparées par un mur percé d’un glory hole (un trou pou y passer l’outil de plaisir) ou encore dans la backroom un peu plus loin.

Un jeune beur passe devant moi, s’arrête, plante son regard dans le mien. Mignon comme tout et direct comme je les aime.

-          - T’es mignon. Tu t’appelles comment ?

-          - Jean-Yves et toi ?

-          - Karim. Tu veux qu’on aille dans les chiottes ?

-          - Non merci je viens de pratiquer, je suis vidé. On peut aller boire un coup si tu veux.

-          - Non moi je te voulais là tout de suite.

-          - C’est pas possible, j’ai pas encore rechargé. Tu veux pas boire un coup ?

-          - Non, c’est dommage, j’aurais eu envie de te jouir sur les couilles.

-          - Une autre fois peut-être ?

-          - Non, c’est con, on aurait pu vivre une grande histoire d’amour, t’as loupé l’occasion.

Il m'adresse un regard intense de beaux ténébreux. Puis il se barre, disparait de ma vue en un clin d’œil, me laissant dubitatif sur sa dernière phrase. Me jouir sur les couilles était-il le début d’une histoire d’amour dans sa carte du tendre ? Je pense à ce qui aurait pu se passer si j’avais accepté de baiser avec lui. Il était très attirant. Mais j’étais épuisé.

La vie est faite d’occasions manquées, peut-être aurais-je vécu une grande histoire d’amour, si j’étais rentré dans les chiottes avec lui.

Je ne l’ai jamais revu.

 

18 septembre 2007

Anti-sportif

Un matin de 1976, au printemps je crois.

Il est sept heures, je suis dans mon lit, à peine réveillé et j’angoissé déjà parce ce que c’est le jour de l’EPS, l’éducation physique et sportive. Je redoute toujours ces deux heures de cours car je suis une nullité en sport : je ne sais pas monter à la corde, je ne sais pas courir vite, je n’ai toujours pas compris les règles du foot, le sport que je déteste entre tous. Je suis toujours choisi en dernier lors du tirage des équipes et le seul but que j’ai marqué, c’était contre mon camp. Je suis un cas désespéré !

Et aujourd’hui, c’est foot. Je n’ai pas envie d’y aller, pas envie de subir les vexations des camarades de classe, pas envie de recevoir le ballon en pleine poire, pas envie, pas du tout.

Je décide de simuler un mal de ventre pour échapper au moins un jour à mon funeste destin.

-          Tu as fort mal ? me demande ma mère, inquiète.

-          Oui, c’est douloureux là et là. (Je montre au hasard).

-          Je vais appeler le docteur. Repose-toi, tu n’iras pas à l’école aujourd’hui.

Je pousse intérieurement un ouf de soulagement.

Le médecin arrive deux heures plus tard. C’est le Docteur Charmier, je suis en confiance avec lui.

-          Alors, on a des petites douleurs ?

-          Oui, au ventre.

-          Je vais t’examiner. Je vais te palper et tu me diras où tu as mal.

Il appuie sur mon ventre, et je réponds oui et non au hasard, faisant une grimace là où c’est censé faire mal.

-          Je vois, dit le docteur Charmier. (Il baisse ma chemise de pyjama, puis se tourne vers ma mère qui était restée à côté) C’est une appendicite, il va falloir l’hospitaliser.

Je déglutis intérieurement. Je suis allé trop loin, et voilà que je vais subir une opération dont je n’ai pas besoin. Le docteur dit que c’est une affaire de quinze jours et je pense aux séances d’EPS que je vais rater. Après tout, ça vaut le coup !

Je me laisse embarquer dans l’ambulance, je me laisse installer dans une chambre blanche où d’aimables infirmières s’occupent de moi. Le chirurgien passe quelques heures plus tard, m’examine, hoche la tête. Demain je me fais opérer. Je me dis qu’après tout, j’avais peut-être l’appendicite.

Le lendemain, je me laisse pousser sur un brancard dans un état second et délicieusement cotonneux. Je n’ai pas peur des lumières blanches au dessus de ma tête, ni du bruit métallique des instruments tranchants qu’on prépare. Je respire docilement sous le masque qu’on pose sur mon visage, puis le néant, puis le réveil dans ma chambre d’hôpital, avec deux infirmières autour de moi.

Je n’ai jamais vraiment sur le fin mot de l’histoire. J’ai été pouponné pendant dix jours par des infirmières dont la gentillesse était extrême. Je n’en ai jamais rencontré de pareilles depuis. J’ai même pleuré lorsque je suis rentré à la maison, je m’ennuyais d’elles, elles m’avaient tellemet materné.

Si je me souviens bien, j’ai eu quinze jours supplémentaires d’arrêt , pas d’école et surtout pas d’EPS ! Le bonheur !

Mais un truc restait intrigant. La taille de la couture sur mon bas ventre. Elle mesurait au bas mot dix centimètres alors que ceux que je connaissais qui avaient été opéré de l’appendicite n’avaient qu’une petite cicatrice de deux centimètres. Le chirurgien était-il un charcutier ou avait-il eu du mal à trouver l’appendicite ? Je ne saurai jamais.

Toujours est-il que pour ne pas aller en sport, j’ai subi une opération dont je n’avais sans doute pas besoin !

Je hais toujours autant le sport, à part le vélo et la musculation. Je déteste particulièrement les sports d’équipe et vous ne me ferez jamais regarder un match de quoi que ce soit, à part ceux de tennis quand il y a Mauresmo, Hénin, Nadal et Federer. Mais le reste, que dalle. Moins sportif que moi, ça n’existe pas. Mais j’assume, je suis né sans le chromosome du sport et je pense que je mourrai comme ça. Enfin non, je peux marcher des heures, c’est déjà un peu un sport ça non ?