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10 décembre 2008
Lettre à mon psy.
Cher docteur,
Je vous écris ce mail pour « préparer » la séance de vendredi à 15h40, parce que je veux être sûr de ne rien oublier et qu’un quart d’heure sera peut-être un peu juste pour parler des maux dont je souffre.
A vrai dire, je suis la majorité du temps un état de dépression assez avancé depuis le 3 novembre. Je suis dans cet état 80% du temps, le reste étant passé à être surexcité, exultant, remuant des projets fous, ou à être normal.
Tout a commencé avant le 3 novembre, alors que je j'avais repris le travail avec succès J"ai un boulot très dur, où il faut être réactif et vif. Le collègue qui travaille en binôme avec moi ne cessait de me répéter que je devais aller plus vite. Pour le satisfaire et devenir plus efficace, j’ai allégé le traitement par neuroleptiques, passant de 2 par jour à un tous les deux jours. Certes, au bout d’un certain temps j’étais plus vif, mais toujours pas assez pour le collègue. Puis, j’ai eu une grippe qui m’a cloué au lit une semaine et je me suis senti soulagé de ne pas aller au travail, surtout que je dois faire une marche à pied de deux heures par jour, aller-retour. Epuisant en ces temps pluvieux et froids ! Mais durant cette semaine de maladie, je me suis senti de plus en plus mal, dormant beaucoup, restant allongé la plupart du temps. La nuit, je remuais des idées de suicide. Pour être plus précis, je pensais à me planter un couteau dans le ventre et seule la peur de la douleur m’en a empêché.
Le dimanche soir précédent ma reprise au boulot, je me suis senti totalement incapable d’aller travailler, me retrouver avec un mec qui me houspille et me stresse. J’ai encore remué des idées de suicide, mais j’avais toujours peur de souffrir, j’ai donc décidé à 4 heures du matin, que je n’irais pas au boulot. La solution, c’était d’aller dans un hôtel à Paris, anonymement, de prendre de l’alcool, jusqu’à me donner le courage de sauter par la fenêtre.
C’est toujours ce que je fais en cas de crise grave, c’est une fuite en avant, je le sais mais quand ça me prend, je suis totalement incapable de me raisonner.
J’ai donc fait le chemin à pied jusqu’à Provins. Néanmoins, je me demandais si je ne devais pas prendre mon courage à deux mains, et aller au travail. Mais j’étais dans un état mental déplorable et la route à pied ce matin-là a été particulièrement difficile, car il pleuvait. J’avais oublié mon gilet phosphorescent (pour être vu des voitures). J’avais particulièrement peur de me faire percuter par un véhicule, d’autant que je marchais face à eux. Il faisait noir, ma pile ne m’éclairait pas assez, je flippais. A deux ou trois reprises, je me suis allongé dans un champ pour essayer de me calmer et de reprendre mes esprits.
Quand enfin je suis arrivé à Provins, j’avais le pantalon trempé jusqu’à mi-jambe et les chaussures mouillées. Je ne me voyais pas me présenter au boulot dans cet état-là. J’ai donc pris le train pour Paris. J’étais soulagé. Je n’ai même pas pensé que j’allais foutre en l’air 15 mois de sobriété. L’idée de me saouler jusqu’à l’oubli effaçait toutes mes autres pensées.
A l’hôtel j’ai pris un nom d’emprunt, j’ai réglé en liquide, je voulais absolument qu’on ne me retrouve pas. J’ai déballé les trois bouteilles de whisky et les paquets de cigarettes (rompant ainsi treize mois passé sans fumer) que j’avais pris soin d’acheter. J’ai éteint mon portable. Et j’ai commencé à boire et fumer.
J’ai passé la semaine dans un état second, délirant, totalement ivre. Au début, disons les deux premiers jours, j’allais mangé au fast-food de la rue d’en face. Puis j’ai cessé de m’alimenter pour boire encore et encore. Je ne me lavais pas, je refusais le ménage dans ma chambre, je ne sortais que pour renouveler ma drogue. Totalement alcoolisé, je n’étais bon qu’à fumer, à regarder la télé et à délirer sur les programmes.
Puis, ça a été le schéma habituel, le désespoir a pris le pas sur le délire, et c’est dans un état pathétique que j’ai quitté l’hôtel le dimanche midi. J’avais épuisé tout mon argent, je n’avais pas réussi à me jeter par la fenêtre, il ne me restait qu’une chose à faire puisque je ne pouvais plus retourner chez mes parents : rester à la rue.
J’ai connu la rue en 1992, dans des circonstances semblables. Mais c’était en été et j’avais quinze ans de moins. Là, le temps était froid et humide, et j’ai passé une nuit particulièrement dure, grelottant, en proie à des hallucinations causées par le manque d’alcool.
Au petit matin, j’ai appelé le 15 pour demander de l’aide pour me faire désintoxiquer. Ils m’ont donné l’adresse de l’hôpital Lariboisière où je me suis rendu tant bien que mal, tremblant, en proie à des angoisses terribles et à des hallucinations grandissantes.
Dès que j’ai été pris en charge aux urgences, je me suis senti mieux. J’étais sous perfusion, on s’occupait de moi, j’avais échappé à l’emprise de l’alcool, j’étais au chaud.
J’ai passé plusieurs heures là-bas et il était question qu’ils me renvoient le soir-même. Mais ils m’ont trouvé un taux anormal de globules blancs et une infection qui nécessitait une hospitalisation.
C’est ainsi que j’ai fait un séjour à l’hôpital, du lundi au vendredi. Ils n’ont pas trouvé l’origine de l’infection mais le taux de globules blancs a fini par redevenir normal. Durant ces cinq jours, j’ai pu récupérer et retrouvé de la dignité, recommençant à me laver et à m’alimenter. J’ai appelé ma mère et me suis excusé. Elle a été bien sûr soulagée de me savoir vivant, bien qu’elle se doutait de ce qui m’était arrivé. Je suis rentré en VSL le vendredi soir. Comme mon rendez-vous avec vous n’était que le 12, j’avais pris rendez-vous avec mon généraliste pour le lundi. Je voulais me faire arrêter jusqu’au moment de vous voir, car si j’avais retrouvé dignité et allant, je ressentais aussi une profonde tristesse, un anéantissement du au fait d’avoir replongé dans l’alcool et les cigarettes. Des mois d’abstinence gâchés par une semaine de folie délirante.
J’ai obtenu mon arrêt, le médecin m’a trouvé effectivement pas en forme et déprimé. C’est allé en grandissant, j’ai même songé à me présenter aux urgences pour me faire hospitaliser. Au fur et à mesure, j’ai pris plus de médicaments. J’ai triplé les neuroleptiques (ils avaient doublé la dose à l’hôpital) et j’ai pris (je prends encore) 4 DEROXAT par jour. Au fil des jours, j’ai réussi à me maintenir à flots et à ne pas trop déprimer.
J’ai connu une poussée d’exaltation qui a duré trois jours quand j’ai décidé de me préparer au concours des Instituts Régionaux d’Administration spécialité informatique. J’ai donc décidé de m’initier à pluseurs langages informatiques, j’en ai profité pour reprendre les cours de dactylo et me perfectionner en anglais. J’ai commandé des livres en quantité (enfin 5 ou 6) et je me suis mis à étudier d’arrache-pied pendant ces trois jours.
Puis le soufflé est retombé et je suis retourné à ma morne déprime que je connais depuis plusieurs semaines maintenant. Elle est à peine éclairée de passages « normaux » comme aujourd’hui où je me sens plutôt apaisé et en accord avec moi-même. Mais la plupart du temps, j’ai tendance à rester couché, à ne pas me laver, à manger trop ou pas du tout, à trop dormir. Je me maintiens à peu près à flot en augmentant les doses de médicaments mais je ne sais pas si je fais bien. En tous cas, ça m’aide à ne pas penser à la mort.
En tous cas je constate que je dépense beaucoup et que j’ai un mal fou à me concentrer, j’aimerais retrouver un équilibre pour parvenir à retravailler et me sentir mieux. Le va-et-vient de mes humeurs est épuisant, je me sens fatigué.
J’ai longtemps eu un doute sur mes troubles bipolaires, pensant que mes problèmes étaient plus liés à l’alcool qu’à des troubles psy mais je suis convaincu aujourd’hui d’être bipolaire, étant donnée mon humeur en dents de scie, ou plutôt en montagnes russes.
Voilà où j’en suis. J’ai hâte d’être vendredi pour que nous puissions en discuter.
Je vous salue et je vous dis à vendredi.
Jean-Yves.
15:12 Publié dans Psychiatire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bipolaire, dépression













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