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25 février 2008

Chagrin d'amour ... (rediff)

C'est un soir d'automne qui se donne des airs d'été. 1990. Je suis avec Anne, Sandrine et Arnaud, et nous discutons tranquillement. La vie a l'air parfaite. Je ne pense presque pas à l'expulsion de mon appartement de la rue Caffarelli. Ca fait juste une semaine. Je ne suis pas à la rue. J'ai des amis pour m'héberger, des hôtels où passer la nuit. Je ne pleure pas mes affaires restées à l'appartement et saisies, tout est désormais chez un garde-meuble. Tout ça n'est pas si grave et je goûte encore la vie, ses espoirs, ses surprises.
Celui qui me déprime et me dégoûte, c'est Arnaud. Je l'ai connu le 19 juillet 1989 et voilà depuis plus d'un an qu'il me ballade au gré d'une histoire d'amour où je suis le seul à aimer. Il n'y a pas si longtemps, alors qu'il prenait un taxi pour aller à la gare, je suis resté planté comme un con à regarder le véhicule partir, le cœur serré, pendant qu'Arnaud ne se retournait pas, n'avait pas un regard pour moi. C'est l'histoire d'une indifférence et d'un amour qui s'entrechoquent et font des étincelles qui me brûlent le cœur.
Arnaud, je l'ai hébergé pendant quelques mois, dans ce même appartement d'où on vient de me virer. Le fait que je sois à la rue ne semble pas le toucher. Il vient de rencontrer un mec au far west (le cinéma porno) et part avec lui à Tours. Il s'installe en couple. Ce mec, Thierry, l'a embauché dans sa société de sondage et a invité Arnaud à partager son 140 mètres carrés. Je me dis qu'au final, Arnaud n'est qu'une pute, qui profite au passage des choses que les gens peuvent lui apporter. Pourtant, je ne parviens pas à éprouver le mépris qu'il mérite. Je suis encore encombré de cet amour non partagé que je traîne comme un douloureux boulet.
Je me focalise sur Anne, la meilleure amie d'Arnaud qui m'a adopté dès que je l'ai connue et je goûte son aimable sollicitude. Je fais connaissance avec Sandrine avec qui j'ai d'incroyables atomes crochus et qui va (je ne le sais pas encore) devenir ma meilleure amie. Deux affections contre une indifférence, je suis gagnant. Pourtant, je ne peux m'empêcher d'avoir le cœur brisé.
J'ai rencontré Arnaud en boîte. On avait discuté par minitel et fait connaissance comme ça, avant de se voir "en vrai". Je ne savais pas trop à quoi m'attendre, je le trouvais plutôt mignon, mais je n'avais succombé que légèrement à son charme. Il est venu me trouver alors que j'étais accoudé au bar du Broad et m'avait embrassé à pleine bouche. Je m'étais laissé faire, surpris, conquis par cette fougue inattendue. On s'était fait des câlins et je l'avais ramené à la maison où nous avions fait tendrement l'amour. Nous nous étions réveillés en début d'après-midi, le chaton que j'avais à l'époque était lové entre nous. J'avais interprété ça comme un signe, un présage de bonheur. Arnaud était tendre, mignon, intéressant. Nous partagions les mêmes goûts, les mêmes sorties, les mêmes envies. J'avais très vite craqué, mon cœur s'était rapidement emballé pour ce petit gars pas sûr de lui qui me touchait en plein cœur. Aussi, lorsqu'au bout de quelques semaines, il commença à me gratifier de son indifférence et de son désintérêt, je tombai de haut. Je me payai un long chagrin d'amour qui connut son summum lorsque je décidai de le quitter quelques semaines plus tard, après avoir pesé le pour et le contre. C'était donc fini entre nous, mais je gardai Arnaud dans ma vie, incapable de m'en séparer totalement.
Je supportai son indifférence amicale et ses petits amis, résigné. Il avait trois copines avec qui j'avais sympathisé (dont Anne) et je passai des week-ends avec eux, à prendre du bon temps. Je devais en quelque sorte pactiser avec la douleur permanente du manque d'Arnaud et réussir à vivre avec elle, pendant que je ne pouvais plus vivre avec lui. Je lui fis des crises et des cadeaux. Mais rien rien, rien ne le toucha. J'eus du mal à assumer qu'Arnaud n'en avait rien à foutre de moi.
Ce soir d'automne 90 où nous sommes quatre à dîner ensemble, Anne, Sandrine, Arnaud et moi, ce soir d'automne sonne comme le glas de notre histoire. Arnaud part. Loin. Il quitte ma vie et ne reviendra pas. Lorsque nous nous séparons, il n'a pas un regard pour moi. Ses bises claquent dans le vide, sa peau est froide. Je vais passer la nuit avec Sandrine dont l'amitié toute neuve panse mes plaies. Malgré moi, je déglutis, j'ai un fond de larmes dans la gorge. Je perds beaucoup ces derniers temps : mon appartement, le mec que j'aime. Ma vie est en train de tourner. Changement de direction. Mais je n'ai que vingt-six ans, et la vie est pleine d'aventures à venir. Pourtant, elle aurait été tout autre, ma vie, si Arnaud avait consenti à m'aimer. Je n'aurais peut-être pas sombré dans l'alcool, parce que c'est pendant cette histoire d'amour que l'alcool m'est venu. Je ne serais pas devant vous en train d'essayer de réparer mon existence claudicante. Mais les regrets ne servent à rien, il faut composer avec ces blessures passées et trouver la meilleure façon de marcher. Droit devant.

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