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30 juillet 2007

Atermoiements

Ce n’est qu’une question de temps.

Pourquoi je m’en fais ? Je n’ai après tout « que » quarante-trois ans et je peux espérer encore trente à quarante années de vie (si tout va bien) et ça vaut le coup de se battre pour que ces années soient plus belles.

Des projets, donc, j’en refais après la petite dépression qui a suivi ma rechute alcoolique de juin. Je refais surface après avoir baissé les bras.

J’ai demandé six mois supplémentaires de congé longue durée. Je compte les consacrer à m’occuper de mes parents et à voir un psy chaque semaine, en espérant que l’un des deux que je vais voir me conviendra. J’ai besoin de savoir : suis-je vraiment psychotique ? Et si je le suis, que suis-je exactement ? Schizophrène ? Maniacodépressif ? Quoi d’autre ? Et aussi : pourquoi reproduis-je toujours le même schéma de vie dont j’ai déjà parlé, à savoir descendre et remonter la pente sans réussir à me stabiliser ? Pourquoi ai-je tant de mal à revenir vers les gens et à me reconstituer une vie sociale ? Pourquoi ne suis-je pas plus stable, plus constant ? Qu’est-ce que je peux réellement changer en moi ? Et des tas d’autres questions qui viendront par la suite. Il y a beaucoup de boulot, et cette fois-ci je ne peux plus reculer. Je tergiverse depuis 2003 en espérant que les choses s’arrangeront d’elles-mêmes mais vraisemblablement, je ne peux plus continuer à m’en sortir tout seul. Il me faut une aide, il faut que je comprenne, que je me comprenne.

Je compte aussi reprendre mon régime. Rude constat, j’ai repris sept kilos, il faut donc urgemment remettre le pied à l’étrier. Je mange beaucoup ces derniers temps, il me semble que je compense, que je me remplis. J’ai faim en permanence, mais c’est autre chose que de la faim, il y a un manque, un creux. Justement, c’est à creuser et là aussi, peut-être que la psychothérapie m’aidera à savoir pourquoi j’ai grossi tellement et si vite, juste après que Laurent soit parti.

Je repousse l’arrêt de la cigarette, je ne suis pas prêt du tout et j’en ai trop besoin en ce moment. Et puis, je ne peux pas tout faire.

Ce n’est donc qu’une question de temps et j’ai du temps devant moi. J’ai des regrets, des remords, pour toutes ces années d’alcool où je n’ai rien construit, où j’ai démonté et remonté ma vie pour toujours retomber dans le même piège. J’ai peur que la psychanalyse ne puisse rien pour moi, d’être simplement comme ça : inconstant, immature, irréfléchi, paresseux, dépensier, irresponsable. J’ai peur de ne rien pouvoir changer et de continuer cette vie en montagnes russes où je m’enfonce un peu plus à chaque séisme alcoolisé. J’ai peur de toujours retomber en alcool, de rechuter dans ce poison si attrayant qui me vante ses charmes en permanence. J’ai peur d’être trop cabossé pour guérir. J’ai peur.

Jeudi 9 août, 10h15, CMP. Premier psy, seconde tentative. J’irai à pied en ville, je mobiliserai mon énergie, je dois combattre pour ne pas me laisser à la paresse, ne plus me laisser aller dans mon milieu protégé. Je dois à nouveau me confronter à la vie, aux réalités. C’est un premier pas.

19:22

Je me pose la question : ne serais-je pas capable de reprendre à 80%, de réserver le mercredi pour le psy, de me faire héberger sur la base où je bosse, d’aller tous les soirs aux réunions des alcooliques anonymes, en bref … de reprendre pied dans la vie. Récupérer mon salaire, faire voir mes yeux, réparer mes dents, me reprendre en main alors qu’ici, je végète. Certes ma mère n’apprécierait pas, elle a besoin de moi à la maison, mais si je lui trouvais quelqu’un pour l’assister la journée ? C’est égoïste mais je crois que je dois penser à moi, à mon renouveau. Je pense que je vais tout simplement en parler à la psychiatre du Ministère qui doit me convoquer pour estimer ma reprise ou ma prolongation. Un avis extérieur me sera utile, parce que là j’étouffe, je n’entends que les plaintes de ma mère qui geint à longueur de temps, je les sers, je me fais réveiller à n’importe quelle heure, ils sont très exigeants et à vrai dire, très chiants et je ne les supporte plus. Je vais réfléchir, beaucoup. Je suis partagé entre mon devoir de fils et ma propre survie, mon propre équilibre. Je crois que je n’avancerai pas en restant enfermé. Il y va de mon avenir, je ne veux pas renoncer à ma propre vie, même si ma mère, au fond d’elle, le souhaite.

15 juillet 2007

Journal intime

Quand j’ai écrit le texte sur Laurent, aujourd’hui, j’ai pensé que ça me soulagerait de coucher sur écran ces souvenirs, cette histoire ! Ben non, au final je me sens plus mal, plus triste, plus déprimé qu’avant d’écrire. Mauvais choix !

Je dois dire que depuis ma rechute, je me sens de plus en plus déprimé.  J’avoue même que je fais une déprime carabinée, les tâches quotidiennes me rebutent, je n’ai envie de rien, je resterais bien couché, je remue des idées de suicide. J’ai donc décidé d’agir : j’ai un rendez-vous avec le psy du CMP le 9 août, et avec un psy classique le 28 août. C’est dans longtemps, j’aurais eu besoin d’un rendez-vous immédiat. J’ai, devant le cas d’urgence que constitue ma dépression, besoin de parler et je maudis cette ville où un seul psy est répertorié, je suis en colère contre cette période de vacances où tout s’arrête. Je tombe malade au moment où il ne faut pas, mais le positif dans tout ça, c’est que j’assume enfin d’aller voir un psy, que j’en comprends la nécessité vitale, et que je suis prêt à suivre une psychothérapie le temps qu’il faudra, le temps de guérir les blessures, ou le temps de les comprendre, d’arriver à vivre avec, le temps d’aller mieux, le temps aussi d’affiner mon traitement qui ne correspond plus du tout. Je suis persuadé que les neuroleptiques ont fini par me faire plus de mal que de bien, qu’ils ne sont plus indiqués. D’ailleurs, quand je les arrête, je n’ai aucune hallucination, je reste cohérent, je retrouve le goût d’avoir des activités quotidiennes, l’envie de rencontrer des gens, de sortir … mais le problème, c’est que le manque m’occasionne des crises d’angoisse monumentales ingérables ! Ces médicaments ont sûrement un effet anxiolytique, et la privation m’occasionne ces terribles moments de stress. Le problème est là, je suis dépendant de ces foutus médicaments qui ne me conviennent plus.

Finalement, je vais demander de prendre trois mois supplémentaires d’arrêt maladie, le temps de commencer à résoudre les problèmes actuels. Je prends trois mois et non six, car j’espère être très vite apte à retravailler, être hébergé sur la base où je bosse à Paris, aller aux alcooliques anonymes tous les soirs, aller chez le psy une fois par semaine, maigrir, retrouver mon plein salaire pour rembourser ma mère et commencer à épargner pour un appartement, probablement à Paris, parce que vraisemblablement, ils ne me muteront pas avant trois ans. Et puis, je crois que je suis en train de couper le cordon ombilical avec ma mère, elle me reste indispensable mais elle m’étouffe et m’émascule, j’ai franchement du mal à la supporter (mais je l’aime toujours autant) mais il faut que je m’affranchisse d’elle pour recommencer à vivre une vie responsable et adulte. Il faut que je m’affranchisse d’elle financièrement, j’ai l’impression de profiter d’elle (elle me paie mes clopes, elle me nourrit, je lui suis extrêmement reconnaissant) et ça me met mal à l’aise, ça concourt à la mauvaise image que j’ai de moi. Je reprends trois mois aussi pour elle, pour qu’elle puisse « subir » ses opérations pendant que je m’occupe de mon père mais après, il faudra qu’ils fassent appel à une aide à domicile, j’ai une vie à vivre, et j’espère qu’elle n’est pas finie, même si je suis à sept ans de la cinquantaine, et que j’ai souvent l’impression qu’il est trop tard !

Si j’écoutais ma mère, il faudrait que je demande l’allocation adulte handicapé parce que je ne suis plus capable de réfléchir et surtout … que je resterais à la maison, à sa disposition. Moi, je sais que ce sont les neuroleptiques qui me mettent dans cet état-là et je suis sûr que quand je serai affranchi des médicaments, je retrouverai la pleine possession de mes moyens. J’ai lu que certaines personnes sous neuroleptiques restaient prostrées toute la journée, et je n’en suis pas loin. D’où l’intérêt d’agir.  Et puis, je trouve ça hyper égoïste de la part de ma mère de vouloir me garder, au détriment de ma vie digne et autonome. Je sais qu’à un moment, les enfants doivent prendre soin de leurs parents et je m’y emploie, mais je dois penser à ma retraite, je suis en bonne santé, je pense vivre longtemps, quelle retraite vais-je avoir avec six cents euros d’AAH ? L’idéal serait bien sûr que j’ai ma mutation à la caserne de mon village, ce qui me permettrait d’avoir mon autonomie tout en continuant à m’occuper de mes parents. Egoïstement, je rêve d’une nouvelle vie à Paris, ou du moins d’une vie plus indépendante dans la ville à cinq kilomètres d’ici, où je puisse avoir mon intimité. Ma mère, quand elle est là, m’appelle à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, sans respect pour mon sommeil, pour l’aider à faire tel ou tel truc, qui ne peut pas attendre. Elle est devenue très exigeante, aigrie, bougonne, elle geint sans arrêt et je vais vous dire, je n’ai pas hâte qu’elle revienne car elle me bouffe la vie. C’est dit. Je l’aime toujours, sachez-le, mais elle me gonfle et j’ai envie de lui dire ses quatre vérités. Parfois, j’ai envie de fuguer, de m’enfuir définitivement pour échapper à son emprise. C’est ce que mon frère et ma sœur ont fait, sans en donner les raisons, mais je suis sûr que c’est pour ça. Elle nous bassine avec mon père qu’elle ne supporte plus depuis des années … qu’est-ce qu’elle nous emmerde au lieu de divorcer ? Elle aurait du le faire, on aurait eu la paix. Bref, j’ai des griefs contre ma mère, ça a commencé en 2004, subitement, où je me suis rendu compte qu’elle n’était pas forcément la gentille et mon père le méchant, où j’ai compris que la réalité était plus nuancée. Pour mon bien-être, il me faudrait mon appartement à moi, même si je reste près d’elle pour pouvoir l’aider. A vrai dire, si je pense à moi, j’ai envie de partir très loin d’elle, mais je suis tenu par mes devoirs de fils … bref, je ne sais pas. Le bon compromis serait d’aller en ville, de retravailler et de me reconstituer un cercle d’amis. J’aspire à ça …

C’est curieux, l’écriture, je n’avais pas du tout prévu de parler de ma mère, et voilà que c’est sorti, me soulageant au fur et à mesure que j’alignais les mots. Je ne sais pas pourquoi j’écris sur ce blog, je ne sais pas en quoi les atermoiements d’un mec déséquilibré peuvent intéresser le quidam surfeur, mais tant pis, ça m’aide, et les commentaires (bien trop rares) me font du bien. Alors je poste, sans honte ni fierté, ça aide à ma guérison, même si je ne sais plus exactement de quoi je dois guérir.

Laurent

Il a eu quarante ans hier et j’ai beaucoup pensé à lui.

Nous nous sommes rencontrés en 1985, il allait fêter ses dix-huit ans. C’était une drôle d’histoire, j’avais répondue à une annonce qui passait sur Fréquence Gaie où un groupe de mecs de mon âge cherchaient des potes à rencontrer. J’étais sur Paris depuis un couple d’année déjà et je n’avais toujours pas de vrais amis. J’ai donc répondu à l’annonce et c’est lui qui a répondu. On a passé trois heures au téléphone, il s’était passé quelque chose, on avait les mêmes goûts, les mêmes envies, les mêmes délires et une propension étonnante à avoir toujours quelque chose à se dire.

Je l’ai rencontré le samedi suivant. Il habitait chez ses parents à Ivry. Quand il m’a ouvert, que je l’ai découvert, j’ai eu l’étrange impression de l’avoir déjà vu, de le reconnaître. Passé les premières minutes de timidité, on s’est retrouvés à parler aussi aisément qu’au téléphone, comme si on se connaissait depuis longtemps.

Pendant dix-huit ans, on a vécu des tas de choses ensemble : les sorties en boîte, les premiers boulots, les premiers petits amis et ceux qui ont suivi, les joies, les peines, les envies, les déceptions, les espoirs. On en a passé du temps ensemble et tout était évident. S’il y avait eu attirance physique, ça aurait été l’homme de ma vie et en quelque sorte, il l’a été.

Quand j’ai commencé à perdre pied, en 89, que l’alcool a commencé son long et lent travail de sape, il a toujours été là, il m’a recueilli chez lui quand j’ai perdu mon premier appartement, il m’a récupéré des dizaines de fois planqué dans un hôtel en train de boire, il m’a épaulé, consolé, redonné goût à la vie quand je n’avais plus d’espoir.

J’ai pas mal disparu de la circulation ces dix dernières années, mais le destin l’a toujours remis sur mon chemin, comme si nous étions sans cesse destinés à nous rencontrer, à partager nos vies.

En 2003, je l’ai revu après quelques années d’absence. J’étais en train de reconstruire ma vie avec succès, j’avais décroché un poste à Paris. Comme je n’avais pas encore d’appartement, j’ai vécu avec lui quelques semaines. Et comme d’habitude, tout était évident, tout coulait comme du miel, la complicité était intacte, la même depuis de longues années.

Le démon de l’alcool m’a repris et il est venu me récupérer dans un hôtel miteux ou je m’étais caché pour boire. Il avait remué ciel et terre pour retrouver ma trace. J’étais bien décidé à me soigner et j’ai commencé la valse des psys.

Mon médecin m’avait prescrit du Tranxène 50, trois fois par jour. Au début, c’était génial, je me sentais bien et enthousiaste. Puis j’en ai abusé, puis un soir j’ai pris de l’alcool avec. Et là, j’ai connu la folie. Une période violente, incohérente, sans queue ni tête. Je l’ai particulièrement malmené à ce moment-là. Je l’ai insulté au téléphone, je lui ai fait une déclaration d’amour, j’ai fait n’importe quoi, contre toute logique. Un matin où j’étais persuadé qu’il avait effacé des fichiers sur mon ordinateur sciemment, je l’ai appelé et insulté. Et c’est là qu’il a craqué.

Il a dit qu’il ne voulait plus me revoir, qu’il ne supportait plus mes jérémiades et mes plaintes depuis des années, que je pouvais effacer son numéro de téléphone, que j’allais vivre seul avec seulement ma mère comme lien affectif. Les mots coulaient, il cessait de m’aimer en direct, il balançait ce qu’il avait enfoui depuis des années, les reproches, la rancœur qu’il avait accumulés à mon égard.

Le téléphone a coupé avant qu’il ait terminé. Je n’ai pas rappelé. Je le connaissais, je l’avais vu à l’œuvre avec d’autres amis, et je savais que lorsqu’il cessait d’aimer, c’était définitif. Je l’avais perdu. Trop de choses avaient été dite, la haine que j’avais ressentie au téléphone, il la contenait depuis longtemps. J’avais eu des indices, il avait déjà tenté de m’humilier devant les autres, avait eu des accès de détestation, noyés dans les vagues d’affection. Nos rapports avaient été complexes, un peu amoureux, passionnés pour ma part. Il était devenu plus dur, au fil du temps, de moins en moins démonstratif en affection, durci par un drame passé qu’il n’avait jamais voulu me confier. Je le lui avais reproché souvent. On évoluait dans des sens différents, il était un roc indestructible et j’étais à vif, en pleines souffrances, il y avait distorsion. Quand ça a été fini, j’ai été soulagé : j’allais enfin pouvoir boire et chuter comme je le voulais.

Et son départ a été le début de deux années de dérive totale, jusqu’à la perte de tous mes biens et de ma dignité, avant que je ne décide de remonter la pente tout seul, avec ma mère comme dernier lien affectif, sans personne d’autre, comme il l’avait dit.

Je n’avais plus que lui, mon roc si solide de ces dernières années, et je l’ai perdu par ma faute. Je ne m’en suis jamais remis, quelque chose a cassé en moi quand je l’ai perdu. J’hésite à rencontrer de nouveaux amis, je ne le ferai pas tant que je ne serai pas plus solide, plus constant, consolidé dans ma nouvelle vie sans alcool. J’ai du mal à donner à nouveau mon affection. Et puis, il me manque encore, et souvent. Quand un truc m’enthousiasme, j’ai toujours envie de lui téléphoner ou de passer le voir, quand j’ai besoin de partager, c’est à lui que je pense. Je ne sais pas si je retrouverai quelqu’un de pareil, je ne sais même pas si j’en ai envie. Je sais juste que son départ de ma vie est l’une de mes plus grandes blessures et que je ne m’en remets pas. Ça fait plus de quatre ans et j’y pense encore. Il avait trouvé un petit ami et ça semblait sérieux. Je crois que j’ai été détrôné à ce moment-là. C’était une sorte d’histoire d’amour qu’on vivait, sans sexe et sans attirance physique. J’espère simplement qu’il est heureux et qu’il ne vivra pas trop mal ses quarante ans, lui si attaché à sa jeunesse. Je me demande combien de temps je vais éprouver cette souffrance, cette tristesse d’avoir tout gâché, de ne pas avoir été meilleur, plus normal, plus équilibré. Je pense encore à lui, c’est intact. Mais c’est fini, il va falloir que je guérisse. Je vais aller mieux, je remonte la pente, je travaille à devenir un mec bien. Mais au fond de moi, la blessure, et cette sensation de gâchis demeureront. J’ai perdu mon ami de longue date. Et je crois que mon affection pour lui demeurera éternellement. Je lui dédie ce texte, en espérant follement qu’il me lira, me comprendra et me pardonnera. Et peut-être un beau jour, reviendra vers moi, le fou qui rêve.

03 juillet 2007

Rechute

Ca fait bien longtemps que je n’ai pas donné de nouvelles de moi sur ce blog.

Il faut dire que je suis loin d’être fier de moi.

Il y a quelques semaines, j’ai rechuté. Ca a duré trois jours. Puis quelques jours après, j’ai rechuté 1 jour. Soient 4 jours d’alcoolisation massive au vin, l’une de ces piquettes vendues en cubi de 5 litres voire même 10 litres présentes là pour mon père. Ce dernier étant parti à l’hôpital, ma mère étant dans sa maison de repos, je me suis retrouvé seul, libre, libre de me laisser aller à cette envie sournoise de boire qui me tenaillait depuis quelques jours. Plus précisément, le matin ou mon père est parti à l’hôpital, j’avais déjà remonté subrepticement le cubi de 10 litres dans ma chambre et commencé à boire, pour oublier le spectacle dévasté de mon pochetron de père pas lavé depuis des mois, prostré, malodorant, spectacle permanent qui me déprimait de plus en plus et me faisait flipper. Je me demande maintenant comment j’ai pu décider de boire alors que c’était l’alcool lui-même qui avait fait de mon père cette larve, cette épave pathétique. Je sais juste que j’étais déprimé et flippé et que seul l’alcool pouvait effacer cette sensation de mal-être. Dès que j’ai bu le premier verre, la dangereuse magie a opéré : je me sentais bien, détendu, et rien ne pouvait m’atteindre, je ressentais le côté superman des premiers verres. C’est vrai, ces premières heures sont magiques.

Quand mon père s’est affalé au sol en voulant aller pisser, c’est grâce à l’alcool que j’ai trouvé le courage d’appeler les urgences, malgré l’ordre du paternel de n’en rien faire. Quand ils l’ont découvert dans cet état désastreux, ils ont décidé de l’emmener à l’hôpital pour au moins le laver. Contre toute attente, il a accepté. Je me suis senti soulagé et j’ai continué à faire la fête, seul, en avalant litre après litre de vinasse.

C’est ce moment précis, deux jours plus tard, que ma mère a choisi pour rentrer de sa maison de repos. Il est dit que je ne pourrai jamais avoir un instant de tranquillité dans cette baraque. Je n’ai pu lui cacher mon ivresse, elle m’a demandé d’arrêter, et j’ai obéi. Enfin, j’ai quand même éclusé les deux litres restants en catimini. Trois jours d’alcool puis la privation subite … c’était reparti pour les tremblements et les crises d’angoisse. Ça n’a duré que quelques heures mais ce sont toujours de terribles moments à vivre. Ça justifierait que je ne boive plus jamais de ma vie. Mais malheureusement, il y a ces crises d’envie qui terrassent jusqu’à mon instinct de survie et me font boire, boire, boire en voulant l’oubli et en espérant l’arrêt de ma vie.

Quand ma mère est repartie à l’hôpital, alors que mon père était rentré, avec interdiction totale de boire de l’alcool (il tient le coup pour l’instant) je me suis aussitôt rué vers le garage, un grand sac plastique opaque à la main, pour transporter discrètement le dernier cubi de 5 litres et l’écluser. Je n’ai senti aucune ivresse, cette fois, même pas un mieux, à peine un endormissement général. J’ai arrêté avant d’avoir fini ma dose, lassé de cet alcool au gout ignoble même plus capable de me saouler comme je le voudrais.

Depuis, je suis sobre. La date de mon nouvel arrêt est le 20 juin 2007, je l’ai notée, mais je crois que je vais arrêter de compter comme je le faisais avant. J’avais tenu 9 mois et une dizaine de jours sans alcool, qu’en sera-t-il la prochaine fois ? J’ai du mal à retrouver la foi, je ne me fais plus confiance, je me suis trahi. Je crois que je suis un peu (beaucoup) déprimé quand je me souviens de cette rechute inattendue, de la puissance de cette envie de boire qui efface toute logique, toute raison. Je recommence le combat mais je suis lassé de moi-même, je me sens comme un monstre. Si les rechutes doivent toujours survenir, à quoi ça sert de se battre ?

13:42 Publié dans Alcool | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : alcool

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