19 octobre 2008

Survivre puis revivre

Vous savez quoi ? Depuis que j’ai remis un pied dans la vie normale, j’ai beaucoup moins de choses à dire, parce que ça se passe plutôt bien et que les gens heureux n’ont pas d’histoires.

Certes, tout est loin d’être rose : mon collègue me met la pression pour travailler plus vite et être plus réactif, et moi, qui suis pourtant dix fois plus alerte que début octobre, je stresse un peu. Je me paie deux heures de marche par jour, et je rentre vanné après avoir été debout au boulot toute la journée. J’ai fait une obsession de me dentition imparfaite et je stresse de l’image que je peux renvoyer aux dizaines de gens que je croise par jour.

Mais au final, tout est plutôt positif : mon collègue me réveille, me secoue, et j’ai l’impression de sortir de 5 ans d’engourdissement ou j’avais perdu toute énergie, toute estime de moi, deux choses que je regagne peu a peu en me réintégrant dans la vie. Je trouve au travail des vertus que je ne lui avais jamais trouvées jusque là et même si c’est source de stress, même si ca fait un peu chier de se lever tôt, ça vaut le coup de se sentir comme faisant partie d’un grand tout, d’être dans la vie, et je comprends mieux ces chômeurs qui dépriment de ne pas retrouver de travail.

Je commence à flotter dans mon 46, malgré une tablette de chocolat ingurgitée chaque soir, j’ai perdu deux kilos et suis retombé à 90, je comprends mieux le discours de Philou sur atoute.org qui nous parle des vertus du sport dans le forum "arrêter de fumer" (faudra que je vous retrouve le lien, son histoire est édifiante). Huit heures par jour à me bouger le cul, deux heures à marcher, je n'ai plus le temps d'angoisser ni de me regarder le nombril : je dors comme un bébé, dans la nuit de vendredi à samedi j'ai fait le tour du cadran et ce n'est qu'hier que je me suis fait une petite nuit blanche (couché à quatre heures du matin) à mater les nouveaux épisodes de mes séries préférées et à en découvrir de nouvelles. J'ai, par évidence et parce que j'en ai moins besoin, allégé le traitement à un neuroleptique tous les jours ou tous les deux jours. Je n'allège pas davantage, je reste persuadé d'être quand même atteint de troubles bipolaires et d'avoir besoin d'un minimum de neuroleptiques pour me maintenir cohérent et équilibré. Car en y réfléchissant, l'alcool seul ne peut pas m'avoir amené aussi bas, il y a autre chose. Je compte bien reprendre une psychothérapie une fois installé et comprendre le pourquoi et le comment de toutes ces années de hauts de bas passées à me détruire et à me relever, à tout perdre et à tout regagner. Je reste extrêmement vigilant car si j'en crois mon passé, c'est quand j'ai remonté la pente que je sombre à nouveau, l'histoire m'est arrivée 5-6 fois, à chaque fois ponctuée d'alcool et de solitude, allant plus loin à chaque fois dans la chute. La dernière fois, j'avais boulot et appartement quand j'ai tout sapé d'un coup en quelques jours d'alcoolisation massive, de 2003 jusqu'à ce jour de mai 2005 où j'ai abandonné un appartement dévasté et la vie qui va avec pour rentrer chez mes parents me guérir une énième fois. Toujours le même schéma, toujours la même histoire, la même courbe ascendante et descendante. Mais cette fois, j'ai fait un sort à l'alcool et mon corps et mon âme en guérissent d'autant mieux que les mois sans s'accumulent. Il parait qu'il faut deux ans pour récupérer ses pleines capacités, j'en suis à quatorze mois. Encore un peu de patience, les plaies se pansent et les cicatrices se referment mais attention à ne pas replonger, cette fois ce serait la fin, franchement je n'y survivrais pas, et ce n'est pas une figure de rhétorique. Donc, alors que le nouvel appartement et la vie qui va avec se profilent à l'horizon, je mets en place des mécanismes d'autodéfense et un plan de sauvegarde personnelle : alcooliques anonymes et psychothérapie. Tenue à jour de ce journal intime si impudique où Thierry et Bertrand et 3000 lecteurs par mois veulent bien se pencher. Je crois que cette fois-ci alors que j'aurai en main toute la panoplie de la vie normale, je ne retomberai pas, parce que j'ai construit des garde-fous et que j'ai ENFIN appris de mes erreurs, que j'ai enfin passé plus d'un an sans le poison-boisson et qu'un psy a nommé ma maladie, expliquant plus de vingt ans de ma vie. Bref, je grandis, un peu sur le tard, je répare les choses cassées et même si je tiens debout avec la seccotine des failles qu'on rebouche, je suis vivant et bien vivant. Moi l'athée, comme je l'ai déjà dit, je me surprends à penser qu'il y a un Dieu pour moi, ou peut-être est-ce tout simplement le fruit de ces cinq ans de lente reconstruction qui portent enfin leur fruit.

Bref, vendredi soir, en remontant la nationale à pied, les sentiments me sont revenus, sans doute parce que j'ai un peu allegé le traitement ou (et) que j'ai rejoint enfin le monde des vivants. Les larmes me sont venues, un peu surprises d'être là, je crois que j'ai un peu pleuré sur moi, sur ces vingt ans gâchés par l'abus d'alcool, vingt ans à ne rien construire, à ne rien épargner, à me laisser détruire, à me détruire à coup de massives doses de whisky-pastis, j'ai pleuré ces chances manquées mais je crois aussi que j'ai pleuré parce que je redevenais vivant et que les émotions m'étaient restituées, qu'enfin le soleil que je voyais était aussi, la lumière de la fin du tunnel. J'ai pleuré et je me suis senti heureux, soulagé, en phase avec la vie.

Il reste encore du chemin à parcourir, et la seconde moitié du chemin de mon existence à réussir, il reste de nouveaux amis à trouver (avoir renoué avec le grand Laurent est un bonus, une cerise sur le gâteau), il me reste à me faire pardonner des anciens amis que je peux retrouver (réparer les torts causés, c'est une des étapes du cheminement des alcooliques rétablis chez les AA), il me reste, enfin, peut-être, et je ne sais pas si j'en suis digne, et je ne sais pas, franchement, s'il n'est pas trop tard à trouver l'amour. J'écoute parfois une chanson de Julie Zenatti (je sais j'ai des goûts de chiotte) où elle dit à un moment "se peut-il que l'on m'aime, qu'on pardonne mes fautes" et c'est bien la question que je me pose. On verra bien, la vie est une aventure et elle s'écrit par épisodes, j'aurai sûrement encore beaucoup de choses à vous dire, vous que je ne connais pas et dont sans doute certains ont vécu bien pire que moi.

Au bout du compte, je ne vais pas me plaindre, même si on me dit souvent que je le fais. Je m'en sors, sans trop de bleus au corps, sans trop de blues à l'âme, tout étonné des ressources qu'on a en soi. J'ai quand même eu la chance d'avoir le cocon familial où me poser, le temps de me reconstruire, et tant que mes parents sont vivants, je ne partirai jamais bien loin. Je leur dois bien ça. J'ai eu de la chance, d'autres dans mon cas se sont retrouvés dans la rue, abandonnés de tous, ça aurait pu m'arriver. Je me considère comme un survivant d'un cataclysme alcoolique, un "revivant", et je n'ai de cesse que de m'extasier sur cette sensation de vie qui me revient. Il y a quelques mois encore, ma mère me disait que j'avais l'air d'un zombie. Je pense que cette époque est révolue, je prie pour qu'elle le soit vraiment. Je le répète, je reste sur mes gardes, je suis affuté et je connais mon pire ennemi : moi. Mais peu à peu je recommence à m'aimer, et je regagne (lentement) mon estime, bientôt je supporterai mon visage dans un miroir et j'arrêterai d'avoir envie de raconter ma vie au premier venu. Cela dit, je ne sais pas comment je ferai avec mes nouveaux amis et mon éventuel amoureux, au bout d'un moment, je crois qu'il faudra bien que je (me) raconte, comment passer éternellement plus de vingt ans de sa vie sous silence ? Je m'émerveille sans cesse d'avoir à me poser la question du futur, parce que sincèrement, il y a encore quelques semaines, avant le 1er octobre, je n'étais même pas sur d'avoir un autre avenir que celui d'un mort-vivant subissant ses neuroleptiques. Je reprends le volant, je vais soigner ma vue qui baisse, mes dents qui manquent, je vais parachever le "revivant" en chantier que je suis devenu. Il faut simplement que je ne perde pas la fois, et surtout (le plus difficile pour moi) que je reste constant. C'est le challenge du maniaco-dépressif, et c'est là qu'interviennent le sport, le psy et les AA, les relations affectueuses qui vous cadrent et vous (re)construisent un homme. Je tiens le bon bout, je crois. J'ai même retrouvé ma libido hier, elle a ressurgi comme un fantôme oublié qui reprend corps, j'étais tout étonné. Rien à dire (en fait, tant à dire) je vais vraiment mieux, et en cette fin d'après-midi de dimanche, je vous chante le chant de l'être extasié sur ses capacités retrouvées. Quel soulagement que tout ça, il y a encore beaucoup à faire, mais bon sang, c'est possible de s'en sortir, je le souhaite à tous les éclopés de la vie. Il suffit d'être patient et de combattre. Je n'en reviens toujours pas. Allez, j'arrête de m'extasier, une semaine d'activité intense m'attend. Bonne semaine à tous.

10 septembre 2008

13 mois sans boire

Voilà, on en est au treizième mois sans boire. J’ai fait du chemin. Mais je crois que je ne serai rassuré que quand j’alignerai deux ans sans alcool.

Quand je vais en ville faire les courses, comme j’ai un battement de trois heures avant que le bus ne me reprenne, je vais souvent au café. Je prends un coca light ou un café, je ne songe en aucune manière à l’alcool. Ça devrait me rassurer, mais je reste inquiet. Parfois les rechutes sont si abruptes et si violentes, que je ne me sens pas complètement à l’abri. Pourtant, je devrais être rassuré, je ne pense plus en terme d’alcool et je n’ai pas envie de gâcher cette année et ce mois de victoire.

Alors je vais continuer, jour après jour, semaine après semaine, moi après moi. Il faut que je ne relâche jamais ma vigilance. Je ne suis pas encore allé à une soirée où on boit. Il faudra bien un jour que je m’y frotte. Je me ruerai sur les jus de fruits, je mangerai quelque chose avant de partir. Enfin, avant d’aller à une soirée, il faut que je me refasse des amis. Je les ai perdus au temps des errances alcooliques. Y a ça à reconstruire aussi. On perd tant avec l’alcool. On se demande pourquoi on replonge parfois. Je crois que j’ai de la détermination à revendre. Jamais plus je ne perdrai tout à cause de l’alcool. C’est une question de survie. Et de vie.

11 août 2008

La verité en video

Voilà, je vous parle souvent de deux de mes problèmes majeurs.

Encore vingt kilos à perdre.

Des dents (du haut) à enlever et à remplacer par un appareil.

Deux témoignages d'un passé d'alcoolique.

Je me suis filmé ce matin, pour prendre date, pour marquer cette période où les transformations vont s'accélérer sans doute et les changements devenir plus évidents. Voilà la vidéo.

Rendez-vous dans dix kilos. Et aussi dans 16 dents en plus.

 


10 août 2008

Un an de sobriété, on y est !

Ça y est. On y est.

Un an d’abstinence alcoolique.

Je n’y étais jamais arrivé, j’essaie depuis 1999.

C’est une première victoire. Je ne réalise pas encore pleinement, le 10 aout dernier, j’ai du cesser de boire vers 10 heures. Ce sera donc vraiment effectif vers 10 heures.

Je suis quand même satisfait de moi. Maintenant, je ferai un point tous les six mois, ou à chaque fois que ça se fait sentir.

Je l’ai vaincu ce putain d’alcool, il a bousillé ma vie mais je remonte la pente, je retrouve forme humaine, je retrouve de la dignité. La prochaine étape, c’est réussir à vivre seul sans boire. C’est mon point faible. Là je suis entouré. Peut-être que je ne devrais pas vivre seul, j’ai peut-être besoin d’être cadré.

En tous cas je me sens plus fort, pas encore fier mais ca viendra. Le grand jour est enfin arrivé !

05 août 2008

C'est dans cinq jours et tout peut arriver ...

C'est dans cinq jours que je fêterai enfin, pour la première fois depuis le temps que j'essaie, ma première année d'abstinence.

Depuis quelques jours, j'ai des peurs irraisonnées, j'ai peur qu'un impondérable (genre le retour de mon père)  arrive et que ça me précipite dans la boisson ... C'est totalement aburdemais je ne peux pas m'en empêcher ... Je n'ai même pas envie de boire, je ne compte pas sortir et je ne compte pas ne pas sortir exprès, je vais mener ma vie normalement, mais j'aurais aimé que cette épave de géniteur rentre plus tard, je ne vais même pas pouvoir apprécier à sa juste mesure ma victoire sur l'alcool.

 

Si. Je crois que je sortirai le 10. Je ferai les magasins en ville, je prendrai le petit bus, et j'irai faire les magasins en ville et je boirai un coca light ... vous savez le plus triste dans tout ça, c'est qe je n'ai personne avec qui partager ce moment ... Le grand Laurent sera occupé par son aspirateur à bite eeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeet je viens de me rendre compte que le 10 c'est un dimanche. Pas de bus. Un tour à vélo alors ? Ou un tour sur mon blog à partager avec vous ma victoire, y aura bien Thierry ou Bertrand pour me féliciter, puis je posterai sur le forum ATOUTE section alcoologie ... et j'entamerai ma deuxième année sans alcool !

 

Je ne faiblirai pas ces prochains jours, même si je dois verser sa sale vinasse dans la bouteille du vieux con, ça ne me rendra que plus fort. Pas devenir comme lui. Pas devenir comme eux, ceux qui se laissent engloutir par toute cette saloperie d'alcool. Je serai fier et droit le 10. Le reste n'est que peurs iraisonnées.

01 août 2008

Ca suffit maintenant

Le vieux rentre mercredi à la maison, avec pour projets de boire et fumer.

alcool.jpgNous nous y opposons. Pas à son retour mais à sa consommation effrénée d'alcool !

Ça ne va pas recommencer, sa puanteur, ses discussions débiles, son immobilisme, son état répugnant d’ivrogne incontinent. En plus, c’est, c’était nous qui étions chargés de lui ramener le vin. Eh bien là non.

Ma mère va demander une séparation de corps et de bien.

Je vais me (ou nous) chercher un appartement.

On va pas se laisser perpétuellement gâcher la vie par ce non-sens vivant, cette créature maléfique, ce monstre d’égoïsme et de bêtise …

Il va falloir que je vainque ma peur de lui, mais je crois que je suis de plus en plus prêt.

Le tout, c’est qu’il sorte de notre vie et cesse son emprise malfaisante.

Et dire que j’ai laissé l’alcool me terrasser et que je suis seulement en train de le vaincre …

Et dire qu'à cause de lui, et probablement de mes troubles bipolaires, je me retrouve coincé dazns la même baraque qu'un géniteur que je déteste ... Je vous le dit franchement, sa mort me soulagerait !

10 juin 2008

10 mois d'abstinence !

Voilà, on y est. Record Battu. Je n'avais jamais dépassé les 9 mois, me voilà passé à dix mois sans aucune goutte d'alcool.

Je suis assez fier. Assez pressé aussi que deux mois passent pour fêter ma première année.

Je n'ai presque eu aucune envie de boire durant ces dix mois, pourtant les cubis de dix litres de vin de mon père sont à ma disposition.

Je suis allé l'autre jour à Paris, et attablé à mon café préféré de la gare de l'Est, j'ai jeté un coup d'oeil sur les cocktails alcoolisés. A peine une ombre d'envie d'en prendre un, je connais les conséquences désastreuses que l'alcool a sur moi et je n'ai pas envie de replonger.

Je dois retravailler incessamment et je pense que ça se passera bien; je ne relâcherai pas ma vigilance, je serai seul avec moi-même et je suis parfois mon pire ennemi. Mais ça m'étonnerait que je replonge : à force d'arrêter de boire, je suis peut-être en train d'arrêter définitivement.

Mais ça, je ne le saurai qu'à la fin de ma vie. Le plus tard possible.

10 mai 2008

9 mois d'abstinence

Bon les chiffres du matin !

93,9 kilos.

18,1 kilos de perdus depuis le début du régime. 

9 mois d'abstinence !

Voilà, ça fait 9 mois que je ne bois plus. Je suis en passe de battre mon record d'abstinence. La dernière fois, j'avais échoué au bout de 9 mois et quelques jours. J'avais donc remis les compteurs à zéro le 10 août et c'était reparti pour le combat contre un de mes problèmes majeurs : l'alcoolisme.

Cette fois, je compte bien atteindre le douzième mois et fêter ma première année sans boire.

Ce qui me fait peur, c'est que je suis sur le point de retravailler, que je vais me retrouver libre de mes mouvements, et peut-être soumis à la tentation. J'ai peur que mon nouveau travail me stresse et m'angoisse, et d'être tenté par la sensation apaisante de l'alcool. Apaisante au début, puisque quelques heures après, c'est la chute libre et le grand n'importe quoi. Je ne peux pas me permettre de replonger. Ce qui est rassurant, c'est que j'ai des médicaments contre l'angoisse efficaces qui me dispenseront, j'espère, de prendre le premier verre qui entraînes les suivants. Cercle infernal et vicelard de cette putain de boisson.

Actuellement, je n'ai aucune envie de boire. Je suis dans le cocon familial que constitue ma mère. Protégé. Le rôle de mon père, à part de nous gâcher la vie, est de donner l'exemple à ne pas suivre. Il boit comme un trou et est encore tombé par terre hier. Il a fallu le relever. C'est bougrement difficile de bouger une masse inerte et presque inconsciente. Tout à l'heure, il va falloir le changer car il a chié dans sa couche. Il devient incontinent et pathétique, tout ça uniquement à cause de l'alcool. Son existence même devrait me dissuader de boire. Je veux avant tout ne pas lui ressembler.

Mais l'appel de l'alcool est parfois si fort qu'il supplante toutes les bonnes raisons et les bonnes résolutions. C'est ce qui me fait peur chez moi. Je crois que je fais bien d'entretenir cette peur, je dois me surveiller en permanence. M'avoir à l'œil. Prendre autant de Lysanxia que nécessaire pour enrayer le stress et l'angoisse, les fameux déclencheurs de mon alcoolisation.

Donc ces 9 mois ont été faciles. Le reste sera plus dur, alors que je vais me replonger au cœur de la vie, de son bruit et de sa fureur, de ses multiples tentations. Mais je compte bien tenir le coup. J'irai autant que possible aux réunions AA et je relirai "Vivre Sobre" et "Un dernier pour la route".

Il faut que je me fasse confiance tout en restant vigilant. Je n'ai pas bu jour après jour, je peux continuer. Je reprends le boulot dans de meilleures conditions que les deux fois précédentes, où j'ai fini par quitter le boulot trop stressant pour aller me réfugier dans un hôtel et boire mes litres de whisky en espérant la mort. Là je continue le chemin jusqu'au bout. J'ai demandé un changement de poste et si je n'arrive pas à m'acquitter de ma tâche, le pire qui pourra m'arriver est de ne pas être titularisé et réintégré dans mon emploi précédent. C'est tout. Je ne vais pas finir sous les ponts.

Certes, il va falloir que je gère l'hébergement dans une caserne du 78, en attendant de trouver un appartement. Ça, ça va prendre du temps. Je suis forcément fiché au service logement du ministère, n'ayant pas payé de nombreux loyers. Je vais devoir me débrouiller par moi-même, trouver quelqu'un qui se porte caution, et avant tout économiser pour avoir de quoi payer le mois de caution, le loyer en cours et les frais d'agence. Pour la personne qui se porte caution, ça va être la plus grande difficulté. Qui peut me faire confiance après mes multiples retombées dans l'enfer de l'alcool ? Personne. Je suis dans l'impasse. J'aviserai. Je compte sur un peu de chance.

Mais quoiqu'il en soit, malgré les difficultés qui m'attendent, je sais que je suis à nouveau sur les rails de la vie et que j'ai de grandes chances de réussir. Je garde espoir et enthousiasme. J'ai un peu peur mais j'ai hâte aussi. Depuis le 28 août 2007, quand le diagnostic des troubles bipolaire a été posé, j'ai fait des progrès fulgurants. Je dois continuer. Aller de l'avant. Regagner ma liberté et mon indépendance.

13 avril 2008

Mes abstinences, mes défis, mes victoires ...

Ce dimanche 13 avril 2008, à 17 heures, je fête mes six mois d'arrêt du tabac. Six mois, plus de 180 jours que je n'ai plus touché une clope. Il me semble (mais qu'en sera-t-il à long terme ?) que j'en ai fini avec cet objet oblong qui se consume, libérant des volutes toxiques pour l'organisme. Une flopée de composants chimiques qui vous pourrissent la santé jusqu'à une éventuelle mort, une agonie cancéreuse, je vous en passe et des meilleures (enfin des pires).

Mais :

Je n'en ai pas fini avec la nicotine, qui selon les sites spécialisés n'est pas nocive en soi mais est une substance addictive, une drogue dure de laquelle il est difficile de décrocher. Ma méthadone à moi ce sont les Nicopass, les N. J'en fais toujours une consommation bien trop massive, deux par heure, parfois une toutes les deux heures quand je suis moins en manque.

Manque réel ou psychologique ? Les deux je pense. J'ai substitué le N. à la clope et je me suis enfermé dans ce mode de consommation. Il va y avoir une deuxième partie à ma défume, le divorce d'avec la nicotine. Pour l'instant, je ne suis pas prêt. Trop de poids à perdre et les N. ont sur moi un effet coupe-faim indéniable. Comme la clope. Mais c'est dans mes projets. Parce que, l'air de rien, à 23 euros le paquet de 96 qui me fait au plus une semaine, au moins quelques jours, ça coute de l'argent et ça annule l'une de mes motivations premières pour arrêter la cibiche : l'économie de sous.

Donc on va s'atteler à ce dernier combat, ce souvenir persistant de la cigarette qui tient au corps : la manque, le vide quand vous n'avez pas votre dose. Et le geste (on n'aspire plus on suce) qui rythme vos heures et votre journée. Le cérémonial de la première clope-pastille du matin, eh oui … il y a du travail à faire !

On n'y arrivera.

Autre chose, le 10 de ce mois d'avril a marqué mon huitième mois d'abstinence d'alcool. Là il n'y a pas de problème. Pour l'instant. J'aurai 9 mois d'abstinence quand je reprendrai le boulot, que je serai seul et libre dans la grande ville aux mille tentations. J'ai déjà mis une stratégie en place : les lieux à éviter (fuir le monde gay de peur qu'il ne me saoule …), les lieux a fréquenter (AA, salle de sport …). J'ai moins peur qu'avant, je suis plus confiant. Il reste 4 mois, moins de 4 mois avant d'atteindre l'année de sobriété ! 4 mois cruciaux. Je vais redoubler de vigilance. J'ai quatre raisons principales de ne pas boire :

- Je n'aime pas le goût de l'alcool,

- Je suis au régime et l'alcool me fait grossir,

- Je ne veux pas replonger dans cet état d'être pathétique que je deviens lorsque je bois,

- Je ne veux pas faire marche arrière alors que je suis en pleine progression.

En cherchant bien, il y en aurait mille autres. J'en ai fini avec la nostalgie de l'apéro; je peux prendre l'apéro : un jus de tomate, un jus de carotte, ou un cocktail de fruits.

Je suis presque prêt à aller à ces soirées où tout le monde boit et fume.

Il me manque juste les amis pour aller avec.

C'est avec un entourage affectif que je gagnerai mes victoires.

Je suis prêt à m'en forger un à nouveau.

Je suis prêt à redémarrer la vie.

10 mars 2008

Sentiments mitigés

Et voilà, c'est aujourd'hui le 7ème mois sans boire un verre et ça poursuit son petit bonhomme de chemin. Je n'en tire pas une fierté particulière, j'ai déjà tenu 9 mois, je commencerai à m'extasier dans 2 mois donc. Le 10 mai, à la veille de reprendre mon boulot. Après il va falloir ne pas boire au milieu des tentations, les bars, les boîtes … Je devrais tenir le coup, je n'ai vraiment plus envie de boire. Il suffit que je pense à mon alcoolique de père pour que j'aie envie de tout faire pour ne pas lui ressembler.

En tous cas, même s'il me semble loin, l'alcool reste un combat et je sais qu'une envie subite de reprendre un verre peut ressurgir à tout moment. Ça ne change pas ma vie de ne pas boire, ça ne l'a pas rendue plus belle, ça l'a rendue moins désastreuse et plus cohérente, c'est déjà ça.

Sinon je suis de très mauvais poil, je me suis pesé ce matin et j'ai repris 100 grammes par rapport à jeudi dernier, alors que je suis consciencieusement ma diète protéinée. Ça va me flinguer la journée, ça ! A croire que je ne maigrirai plus jamais et que je suis condamné à être obèse, comme ces femmes qu'on voit sur les plateaux de Delarue et qui essaient de se convaincre que fat is beautiful.

It does'nt. C'est moche à voir et pas bandant, je parle sur moi. Je crois que je vais abandonner la diète protéinée pour un régime classique comme on me l'a suggéré. Je ne peux pas manger moins que maintenant. Le corps doit réagir et stocker ses graisses, je n'en sais rien.

En plus le temps est merdique, je m'ennuie, rien ne va.

Pourtant, je maigris quand même (12 kilos depuis le 17 septembre), je ne fume toujours pas, je ne bois toujours pas. Je veux sans doute tout trop vite, je suis impatient de me "transformer" et redevenir le Jean-Yves optimum débarrassé de ses addictions, avec trente kilos en moins et de nouvelles dents. Le mois prochain, je récupère 100 euros, je vais aller faire réparer mon vélo et en faire une heure chaque jour. Je crois que c'est le sport qui me sortira de ces problèmes de poids. Ça et une alimentation équilibrée. Modifiée définitivement. Ne pas tomber dans la spirale infernale du Nutella et frites mayonnaises pour combler le vide en moi. Il va falloir encore fournir des efforts. Mais je suis prêt, je continue, et je parviendrai à atteindre mes objectifs.

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